histoires d'eau ...





L'eau à Istanbul fait partie de la vie quotidienne à bien des titres, sous toutes ses formes, pour notre plus grand plaisir... et parfois pour notre plus grand malheur ! Que celui qui n'a jamais maudit les pluies torrentielles d'automne me jette la première pierre.




Je me souviens, maintenant avec le sourire, mais avec quelque appréhension aussi (et si ça recommençait ?) de mon premier hiver chez moi. J'avais acheté pendant l'été une petite maison dans mon quartier.


Je n'ai jamais vraiment apprécié la pluie mais là, je l'ai maudite pour l'éternité !


Après quelques années dans la ville, on s'habitue aux pluies diluviennes qui arrivent avec les premiers jours de novembre, transformant les rues en pente en véritable torrent et les boulevards au pied des collines en petits lacs improvisés, qu'il est parfois impossible de traverser sans avoir de l'eau au genou. Sans parler des taxis et autres chauffeurs qui s'amusent à transformer la moindre flaque en mini tsunami. Vous êtes bon pour rentrer chez vous et changer la masse informe et détrempée que vous nommiez auparavant vêtements !


Et ne parlons même pas des délicieuses giboulées de printemps, qui font de la moindre prévision vestimentaire un vrai casse-tête. Si l'on peut être sûr qu'il pleuvra au moins une fois dans la journée, c'est une autre paire de manche de savoir à quelle température on sera croqué !


Ne dit-on pas : "Istanbul'un havasina ve kizina guven olmaz!" ce qui se traduit par "on ne peut faire confiance ni au temps ni aux filles d'Istanbul"...


Je venais donc d'emménager dans mon nouveau « home sweet home ». La déco était en place, un vrai bazar en réduction, tapis et autres kilims se dispersant au gré des sols et des murs, quand, début novembre, la pluie commença à tomber. Et là, de bon matin, vêtu de mon plus beau kaftan, je monte les escaliers, encore grogui de sommeil, pour me préparer le premier çay de la journée.


Et là, la douche froide ! A tous les sens du t(h)erme ! Dévalant l'escalier en colimaçon qui monte à la terrasse, s'écoulant de tous les interstices du plafond en « lambris », suintant des murs du salon, des trombes d'eau. Et je ne suis pas marseillais !

L'horreur. Et vas-y que j'écope, que j'écluse, que j'obstrue... Toutes les serviettes y passent, le moindre récipient est utilisé, mais cette maudition ne veut pas s'arrêter ! Je n'aurais pas eu de toit sur la tête, ça n'aurait pas été pire. Et pour cause : j'avais une terrasse qui perdait ses eaux par tous les interstices. Et ça a duré 2 mois non stop. Je n'avais jamais subi un tel déluge de pluie.


Mais mes petits malheurs ne sont rien en comparaison de certains qui, à cause de glissements de terrain, ont perdu voiture, maison et même parfois une personne chère. Ces catastrophes ne sont malheureusement pas si rares dans notre Istanbul bien-aimée. Elle est comme toutes les maîtresses : douce, aimante, caractérielle, imprévisible et parfois, une vraie garce ! C'est certainement pour tout ça qu'on l'aime tellement : parce qu'elle du caractère !


Et on pardonne. Parce que ses eaux lui donnent aussi son charme incomparable. Le Bosphore, qui partage la ville en deux, l'étale sur 2 continents, dont les eaux miroitantes changent autant de couleurs que le bazar possède de marchandises. La Corne d'Or, aux eaux chatoyantes sous le bronze des couchers de soleil. La mer de Marmara, qui baigne de ses eaux bleues camaïeux la pointe du saray. Et la mer noire, tout au nord de la ville, qui nous tend les bras de ses plages de sable blanc.


Et on pardonne encore. Parce que les pluies d'été nous rafraîchissent, assis sous les tonnelles les soirs de grande chaleur. Parce que les porteurs d'eau étanche notre soif les après-midis de canicule. Parce que sans elle, le thé ne serait pas le thé. Et parce qu'enfin l'eau transforme le raki translucide en ce blanc laiteux qu'on appelle ici aslan sütü (lait de lion). Autant vous dire qu'on ne prend pas l'eau à la légère...


Serefenize !

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